L'aviateur

« Je reviens chez moi. Le groupe 2/33, c’est chez moi » (1943-1944)

Le 1er avril 1943, Saint-Exupéry désespéré de ne pas servir son pays, obtient de la mission Béthouart un ordre de mobilisation. Ses amis tentent de le faire changer d'avis mais le 4 mai 1943, après un départ précipité, il débarque à Alger où l'attend Georges Pélissier.

 

Le 5 mai, il rejoint, à Laghouat, le 2/33 commandé par René Gavoille. Désormais, les hommes sont intégrés dans le groupe de reconnaissance photographique commandé par le colonel E. Roosevelt. Antoine de Saint-Exupéry n’est pas au bout de ses peines : les appareils de son groupe sont des LightningP38 or le règlement établi par les Américains interdit à ceux ayant dépassé la trentaine de piloter ces engins qui volent à 650 km heure et montent à 13 000 m d’altitude. Il est âgé de 43 ans. Le général René Chambe doit encore intervenir et Antoine de Saint-Exupéry s’entretient avec le général Henri Giraud pour plaider sa cause avant que celui-ci ne se décide à demander aux alliés une dispense exceptionnelle pour un aviateur qui ne l’est pas moins.

 

Après un mois d'inactivité, en juin 1943, il est autorisé à voler. Il s'entraîne sur P38, mais sans être affecté au 2/33. Le 19 juin, il est reconnu provisoirement apte à voler en P38. Le 25 juin, il est promu commandant et le 29 juin il subit avec succès un test médical. Le 2 juillet, il suit son unité à La Marsa (Tunisie). Le 21 juillet, il effectue sa première mission de reconnaissance au-dessus de la Côte d’Azur. Au retour de la seconde, des incidents de pilotages et une certaine nonchalance en ce qui concerne les consignes techniques lui valent d’être suspendu de vol le 1er août 1943.

 

Après avoir multiplié les entrevues et les suppliques, il obtient l'autorisation de voler à nouveau. Il est affecté à la 31e escadre de bombardement composée de B26 Marauder, basée à Villacidro en Sardaigne. Il y arrive début avril 1944 et reprend sans enthousiasme du service comme co-pilote.

 

Le 16 mai 1944, il obtient son détachement de la 31e escadre au 2/33 qu'il rejoint à Alghero (Sardaigne). Le 14 juin, son premier vol de reconnaissance se déroule au-dessus de Rodez et d'Albi. Le 23 juin, sa seconde mission l'emmène vers Avignon. Le 29 juin, jour de son anniversaire, il vole au-dessus de Grenoble. Il se pose à Borgo en Corse et regagne la Sardaigne le 2 juillet. Le 17 juillet 1944, son unité est transférée à Borgo (Corse). De là, les hommes doivent préparer le débarquement de Provence.

 

Le 31 juillet 1944, Saint-Exupéry prend place dans le P38 n° 223 pour une mission de reconnaissance sur la région de Grenoble et Annecy. À 8 h 35, il décolle de la base de Borgo pour sa dixième mission dont il ne reviendra jamais. 

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Le groupe 2/33 (1939-1940)

Dans les jours qui suivent la déclaration de guerre de la France à l’Allemagne le 3 septembre 1939, Antoine de Saint-Exupéry est mobilisé. Il est affecté à la base de Toulouse-Francazal dans une unité de bombardiers où il doit suivre des cours de formation. Cette situation à l'arrière lui déplaît : il veut voler.

Volontaire pour la chasse, il est cependant refusé à la visite médicale en octobre 1939. Fin novembre, malgré ses 39 ans et son état de santé, il obtient enfin d'être affecté au 2/33, le groupe de reconnaissance basé à Orconte (dans la Marne) qui vole sur une quinzaine de Potez 63. C'est dans la vieille ferme, reconvertie en PC, que Saint-Exupéry retrouve le 2 décembre 1939 l'escadrille La Hache à Orconte. Le capitaine Antoine de Saint-Exupéry est immédiatement mis dans le bain par le lieutenant Gavoille, chargé de son instruction qui dira : «  Bien que n’ayant pas l’expérience des avions modernes, Saint-Exupéry s’adapte très facilement au Potez 63-7 ». Ce mois de décembre 1939 est particulièrement vigoureux. Les sorties sont rares et réfrigérantes : Saint-Exupéry vole à 10 000 mètres par moins 51 degrés dans des combinaisons chauffantes.

Le 18 janvier 1940, le 2/33 est transféré à Monceau-le-Waast et est confié au commandement d'Henri Alias. Les mois suivants, la situation de Saint-Exupéry est plus délicate et il doit plaider pour son maintient dans le groupe 2/33. Son âge et ses erreurs de pilotage jouent contre lui. Cependant, ses arguments convainquent et pendant tout le mois de mars il essaye et convoie les nouveaux Bloch 174 qui sortent des chaînes. La guerre éclair se poursuit et le 2/33 doit constater la progression allemande dans les Ardennes. Le 10 mai 1940 les troupes allemandes attaquent la Belgique. Presque tous les pilotes sont en permission ! Saint-Exupéry rejoint son unité qui, du Bourget (17-21 mai 1940), puis d'Orly (21 mai 1940) et enfin de Nangis (3-10 juin 1940) multiplie les reconnaissances au-dessus d'Arras, d'Amiens, de Péronne, de Soissons, de Château-Thierry. Ces missions lui offrent la trame de son livre Pilote de guerre et la mission du 23 mai 1940 au-dessus d’Arras lui fournit le titre anglais Flight to Arras. Mi-juin 1940, le capitaine Alias fait partir ses escadrilles vers l'Afrique du Nord. Saint-Exupéry convoie un Farman et, via Perpignan, rejoint Oran et Alger. Il poursuit vers Mers el Kébir où il se trouve le 3 juillet 1940 lorsque la Royal Navy attaque la flotte française. Démobilisé le 4 août 1940, Saint-Exupéry embarque pour rejoindre la France. Et le 21 décembre 1940, il part en exil aux États-Unis.

New York-Terre de Feu (1938)

Avec la prime d’assurance destinée à le dédommager de la perte de son avion échoué dans le désert de Lybie, Antoine de Saint-Exupéry s’achète en 1936 un deuxième Simoun modèle C635. En janvier 1938, il décide de tenter un nouveau raid qui doit relier New-York à la Terre de Feu. Accompagné du fidèle André Prévot, il embarque à bord du paquebot Ile de France emportant le Simoun démonté.

 

Le 15 février 1938, Saint-Exupéry et Prévot prennent le départ de New York avec l’intention d’atteindre Punta Arenas. Ils parcourent 5 500 km jusqu’à Guatemala City où ils font le plein de carburant le 16 février. Ils ignorent ou peut-être oublient que le gallon guatémaltèque de 4,5 litres est différent de celui américain qui ne fait que 3,8 litres et charge trop les réservoirs. Trop lourd, l’avion ne parvient pas à décoller et s’écrase en bout de piste. Par miracle il ne prend pas feu.

 

Prévot s'en sort avec une jambe cassée. Plus sérieusement atteint de huit fractures, Saint-Exupéry évite de justesse l’amputation de la main. Il est hospitalisé plus d’un mois au Guatemala avant de poursuivre sa convalescence à New York.

Paris-Saïgon (1935)

En 1935, Antoine de Saint-Exupéry fait l’acquisition d’un Caudron Simoun modèle C630. En décembre 1935, il se lance dans le raid Paris-Saigon et tente de battre le record d’André Japy. En 1938, il renouvelle l’aventure et tente le raid New-York-Terre de Feu sur son nouveau Simoun modèle C635.

 

Paris-Saigon (1935)

Tenté par le gain de 150 000 Fr offert par le ministère de l’Air, Saint-Exupéry se lance dans le raid Paris-Saigon en décembre 1935. Il faut relier les deux capitales en moins de 98 h 52, record établi par André Japy en début d’année. La préparation du raid se fait de manière précipitée. Il n’accorde pas l’importance nécessaire aux itinéraires et demande à son ami Jean Colas de préparer les cartes. Afin de charger une quantité supplémentaire d’essence, il décide de ne pas prendre de radio considérant qu’il pourra naviguer avec les instruments de bord et les étoiles.

 

Le départ a lieu le 29 décembre à 7 h 01 du Bourget en présence de quelques amis : Henry de Ségogne, Didier Daurat, Léon Werth et Consuelo. Accompagné du mécanicien André Prévot, il parcourt 3 700 km en 19 h 38 jusqu’à l’accident. Dans la nuit du 30 au 31 décembre, alors qu’il amorce une descente pour se glisser sous une masse de nuages, le Simoun percute un plateau à 270 km/h et s’écrase dans le désert. Pendant trois jours, le pilote et son mécanicien marchent dans le désert de Lybie, mourant de soif avant d’être retrouvés miraculeusement par une caravane de Bédouins.

 

À son arrivée à Paris où toute la presse a consacré la une à sa disparition, Antoine de Saint-Exupéry est fêté comme un héros. Il réserve l’exclusivité de sa mésaventure au journal L’Intransigeant et bien plus tard, il rédige parmi les plus belles pages de Terre des hommes

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Air France (1934-1937)

Antoine de Saint-Exupéry adresse sa candidature à Air France en 1933, mais elle est refusée. Une année plus tard, ayant besoin de se faire connaître et de s’offrir du prestige, la nouvelle compagnie entend profiter de la notoriété d’Antoine de Saint-Exupéry. En avril 1934, il entre au service de la propagande (service de presse) d’Air France alors dirigé par Jean Chitry. il participe en tant que conseiller à la réalisation de films promotionnels, se charge des relations avec la presse, anime des conférences et rédiges quelques articles pour la revue Air France.

 

Les films promotionnels (1934-1936)

En avril 1934, il se rend à Alger pour les besoins d’un documentaire intitulé Week-end à Alger, destiné à promouvoir une nouvelle ligne aérienne reliant la France à l’Algérie. En juillet 1934, il est envoyé en mission d’étude à Saigon (Hô Chi Minh Ville au Viêt Nam). Il y retrouve sa sœur Simone, conservateur aux Archives et Bibliothèques de l'Indochine française. En juillet 1936, il participe à la réalisation du film Atlantique Sud, qui fête la 100e traversée aérienne de l’Atlantique Sud.

 

Tournée de conférences autour de la Méditerranée (1935)

En novembre 1935, il réalise une tournée de conférences pour présenter Air France et fortifier la gloire de l’aviation française. Il parcourt 11 000 km autour de la Méditerranée aux commandes de son Simoun C630. Il est accompagné de Jean-Marie Conty comme copilote et d’André Prévot comme mécanicien. Ils sont reçus partout chaleureusement par un public venu écouter autant l’aviateur que l’écrivain.

 

Prospection en Afrique Occidentale française (1937)

En février 1937, il survole l'Afrique Occidentale française (AOF) à la sollicitation d’Air France pour établir l’itinéraire de nouvelles lignes aériennes. Il pilote son deuxième Simoun, un C-635 immatriculé F-ANXK. André Prévot est à ses côtés pour parcourir les quelques 9 000 km entre Casablanca, Tombouctou et Bamako.

Pilote de la Ligne (1931-1932)

Saint-Exupéry rentre en France en février 1931. À la suite d'un scandale politico-financier, l'Aéropostale est mise en liquidation judiciaire en juin 1931. La compagnie licencie une partie du personnel et supprime le service sur cinq lignes. Solidaire de Didier Daurat et de Beppo de Massimi, Saint-Exupéry ne retourne pas en Amérique du Sud. Il est affecté au transport de nuit entre Casablanca et Port-Etienne.

 

Les difficultés de l’Aéropostale qui a déposé le bilan et dont un conseil d’administration provisoire gère les affaires courantes entraînent le changement d’affectation d’Antoine de Saint-Exupéry. À la fin de son congé qu’il a prolongé en raison de son mariage avec Consuelo Suncin, Antoine de Saint-Exupéry reprend les vols de nuit sur les lignes africaines. Il achemine le courrier venu de France sur la ligne Casablanca-Port Etienne sur LATE 26. Le couple s’installe à Casablanca où Saint-Exupéry fait la connaissance de Jean-Gérard Fleury, Joseph Kessel et du docteur Henri Comte qui habite Anfa.

 

Paru en octobre 1931, son nouveau roman Vol de nuit est bien reçu par la critique et couronné du prix Femina. Mais Antoine de Saint-Exupéry est contesté par ses camarades. Ils lui reprochent une notoriété d’aviateur autrement importante que la leur, qui ne se doit pas à des exploits aéronautiques mais à ses livres dont la qualité ne remplace pas celle de pilote. Désargenté en dépit du succès de son livre, il reprend son travail. En février 1932, il assure la liaison postale Marseille-Alger et en août 1932 il est détaché à Casablanca. Cependant, sa présence dérange. De très nombreux pilotes (à l’exception de ses anciens amis qui lui restent fidèles) souhaitent son départ, appuyés par la nouvelle direction qui le relève de ses fonctions.

 

Il rentre à Paris et commence à écrire des articles pour Marianne, la revue de Gaston Gallimard. Il y fait l’éloge de l’Aéropostale et de Didier Daurat, cible d’un certain nombre d’attaques infâmes. Ses articles laissent croire qu’il s’implique dans une polémique qui n’est pas la sienne. À coup de faux documents, de révélations partisanes, de mensonges et de calomnies une poignée d’hommes d’affaires et de politiques créé de toutes pièces le scandale de l’Aéropostale dans le but d’affaiblir la compagnie dont certains veulent s’approprier les biens et les profits.

 

Fin 1932, il est engagé comme pilote d’essai par Pierre-Georges Latécoère qui construit des hydravions. Le 21 décembre 1933, d’Antoine de Saint-Exupéry a un accident sur un LATÉ 293 en rade de Saint-Raphaël qui faillit lui coûter la vie et met fin à son activité de pilote d’essai.

Aeroposta Argentina (1929 – 1931)

Le 12 octobre 1929, . Antoine de Saint-Exupéry prend ses fonctions de chef d’exploitation de l’Aeroposta Argentina à Buenos Aires où il retrouve ses camarades Marcel Reine, Henri Guillaumet et Jean Mermoz. Il a pour mission d’assurer le bon fonctionnement des lignes déjà existantes vers Santiago de Chili, Asunción et Rio de Janeiro, de gérer le personnel et l’équipement, et d’ouvrir de nouvelles lignes.

 

Ouverture de lignes en Patagonie et en Terre de feu

Il est payé 20.000 Frs par mois et s’empresse d’envoyer une partie de son premier salaire à sa mère pour la remercier de toutes les sommes qu’elle lui a envoyées pendant ses années de vaches maigres. Le travail administratif considérable ne l’empêche pas de voler beaucoup et loin, souvent de nuit. Antoine de Saint-Exupéry se rend en Patagonie et en Terre de feu pour trouver les meilleurs trajets et les pistes d’atterrissage les plus sûres en vue de l’ouverture de cette nouvelle ligne. Le 20 mars 1930, il couvre les 2 400 km qui séparent Buenos Aires de Rio Gallegos en 12 h, ce qui est un record mondial. Le 31 mars, il inaugure la seconde extension de la ligne Comodoro Rivadavia-Rio Gallegos, avec comme escales intermédiaires Puerto Deseado, San Julian et Santa Cruz. Le 16 avril, sont inaugurées des lignes auxiliaires vers Rio de Janeiro, Montevideo, Porto Alegre et Santos.

 

Le vent, redoutable ennemi du pilote

Il doit affronter le plus redoutable ennemi des pilotes en Amérique du Sud : le vent, si puissant, avec des rafales si inattendues que son habileté compte moins que sa bonne chance. Dans des situations dangereuses, il étonne certains de ses camarades par des atterrissages d’une rare habileté. D’autres fois, il commet des erreurs de pilotages qui ne pardonnent pas et provoque des accidents heureusement sans gravité. Ce n’est pas le cas de celui qui arrive le 13 juin 1930 à Henri Guillaumet qui assure la liaison Santiago du Chili-Mendoza. Pris dans une tourmente de neige au-dessus des Andes, il endommage son appareil à l’atterrissage et doit survivre à 3500 m d’altitude en plein hiver austral. Sauvé après 5 jours, Saint-Exupéry le récupère le 19 juin 1930. Guillaumet vivant, lui dit cette phrase qui fera le tour du monde : « Ce que j’ai fait, je te le jure, jamais aucune bête ne l’aurait fait. ».

 

La rencontre avec Consuelo Suncin

Antoine de Saint-Exupéry passe son temps libre à fréquenter quelques restaurants réputés pour leurs steaks immense et pour le vin de Mendoza, à jouer au billard dans un bar proche des bureaux de l’Aéropostale, à se baigner au centre de loisir d’El Tigre et à draguer des filles sachant parler français au Tabaris, un night-club où les rencontres sont faciles. Lors d’une réception dans les salons de l’Alliance française de Buenos Aires, Benjamin Crémieux (critique littéraire de la NRF) lui présente une jeune femme. Il l'a connu sur le bateau qui l’amenait en Amérique du Sud. Son nom est Consuelo Suncin, veuve à 26 ans de l'écrivain guatémaltèque Enrique Gomez Carrillo. C’est le coup de foudre ! Il l’épouse six mois plus tard à Agay.

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L’AÉROPOSTALE (1927-1932)

En avril 1927, P-G Latécoère cède sa compagnie à Marcel Bouilloux-Lafont, investisseur français installé en Argentine. La C.G.E.A. est rebaptisée Compagnie Générale Aéropostale.

Chef d’escale à Cap Juby (1927 – 1928)

Après une année au service du courrier, Antoine de Saint-Exupéry est nommé chef d’aéroplace à Cap Juby (Tarfaya), une étape stratégique entre Casablanca et Dakar. Le 19 octobre 1927, il atterrit à Cap Juby dans la zone Sud du Protectorat espagnol du Maroc. S’il n’a plus en charge l’acheminement du courrier, il doit en échange porter secours aux pilotes perdus dans le désert et négocier avec les chefs berbères la libération de ceux pris en otage. Il fait des atterrissages périlleux au milieu des dunes pour récupérer des camarades. Il essuie les tirs des tribus rebelles qu’il survole à la recherche d’un avion perdu. Il sauve de leurs mains plusieurs aviateurs dont Louis Vidal, René Riguelle, Marcel Reine, l’ingénieur Serre et l’espagnol Vallejo. Pour ces actes, il est fait Chevalier de la Légion d'Honneur au titre de l'Aéronautique civile, le 7 avril 1930.
C’est à Cap Juby, qu’il compose son premier roman : Courrier Sud. De retour en France, la compagnie l’inscrit à un cours spécial dispensé par les enseignants de l’École Navale à Brest pour le former aux vols de nuit. À la fin de sa formation, il reprend les vols sur le trajet Toulouse-Casablanca, à bord des nouveaux LATE 25 et 26.

Aeroposta Argentina (1929 – 1931)

Nommé chef d’exploitation de l’Aeroposta Argentina, Antoine de Saint-Exupéry prend ses fonctions le 12 octobre 1929 à Buenos Aires où il retrouve ses camarades Marcel Reine, Henri Guillaumet et Jean Mermoz. Il a pour mission d’assurer le bon fonctionnement des lignes déjà existantes vers Santiago de Chili, Asunción et Rio de Janeiro, de gérer le personnel et l’équipement. Le travail administratif considérable ne l’empêche pas de voler beaucoup et loin, souvent de nuit et d’ouvrir de nouvelles lignes.

Il se rend en Patagonie et en Terre de feu pour trouver les meilleurs trajets et les pistes d’atterrissage les plus sûres en vue de l’ouverture de nouvelles lignes. Le 20 mars 1930, il couvre les 2400 km qui séparent Buenos Aires de Rio Gallegos en 12 h, ce qui est un record mondial. Le 31 mars 1930, il inaugure l’extension de la ligne Comodoro Rivadavia-Rio Gallegos, avec comme escales Puerto Deseado, San Julian et Santa Cruz. Le 16 avril 1930, il instaure des lignes auxiliaires vers Rio de Janeiro, Montevideo, Porto Alegre et Santos. En Amérique du Sud, il doit affronter le plus redoutable ennemi des pilotes: le vent, si puissant, avec des rafales si inattendues que son habileté compte moins que sa bonne chance. Le 19 juin 1930, il récupère Henri Guillaumet, sauvé après 5 jours de marche dans les Andes. Pris dans une tourmente de neige alors qu’il assurait la liaison Santiago du Chili-Mendoza, son avion est endommagé et il doit survivre à 3500 m d’altitude en plein hiver austral.

Pilote sur les Lignes africaines (1931-1932)

Saint-Exupéry rentre en France en février 1931. À la suite d'un scandale politico-financier, l'Aéropostale est mise en liquidation judiciaire en juin 1931 et un conseil d’administration provisoire gère les affaires courantes. La compagnie licencie une partie du personnel et supprime le service sur cinq lignes. Solidaire de Didier Daurat et de Beppo de Massimi, Saint-Exupéry ne retourne pas en Amérique du Sud. À la fin de son congé pendant lequel il épouse Consuelo, il est affecté au transport de nuit entre Casablanca et Port-Etienne. Il achemine le courrier venu de France sur LATE 26. Le couple Saint-Exupéry s’installe à Casablanca où Saint-Exupéry fait la connaissance de Jean-Gérard Fleury, Joseph Kessel et du docteur Henri Comte qui habite Anfa. Son roman Vol de nuit parait en octobre 1931, bien reçu par la critique et couronné du prix Femina. Mais Antoine de Saint-Exupéry est contesté par ses camarades. Ils lui reprochent une notoriété d’aviateur autrement importante que la leur, une notoriété due à ses livres et non à des exploits aéronautiques. Désargenté en dépit du succès de son livre, il continue son travail. En février 1932, il assure la liaison postale Marseille-Alger et en août 1932 il est détaché à Casablanca. Cependant, sa présence dérange. De très nombreux pilotes (à l’exception de ses anciens amis qui lui restent fidèles) souhaitent son départ, appuyés par la nouvelle direction qui le relève de ses fonctions.

Il rentre à Paris et commence à écrire des articles pour Marianne, dans lesquels il fait l’éloge de l’Aéropostale et de Didier Daurat. Fin 1932, il est engagé comme pilote d’essai par Pierre-Georges Latécoère qui construit des hydravions. Le 21 décembre 1933, il a un accident sur un LATÉ 293 en rade de Saint-Raphaël qui faillit lui coûter la vie et met fin à son activité de pilote d’essai.

Son temps libre, il se promène autour du fort dont il ne peut s’éloigner sans craindre d’être fait prisonnier par les Maures qui se font la guerre entre et contre les Européens. Il prend des bains de mer sans pouvoir s’éloigner du rivage à cause des courants très forts. Il joue aux échecs toujours avec les mêmes partenaires, en lisant les livres qu’il a pris soin d’amener où ceux envoyés par sa mère. Il écrit. C’est ici, à Cap Juby, qu’il compose son premier roman : Courrier Sud.

 

Rappelé de Cap Juby à la fin de 1928, la compagnie l’inscrit à un cours spécial dispensé par les enseignants de l’École Navale à Brest. Il doit acquérir les connaissances nécessaires pour voler de nuit. Mais, il est plus préoccupé par la correction des épreuves de son livre Courrier Sud que par l’enseignement de ses professeurs. À la fin de sa formation, il reprend les vols sur le trajet Toulouse-Casablanca qu’il connaît déjà, à bord de nouveaux appareils, les LATE 25 et 26.

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La Cie Latécoère (1926 – 1927)

En 1926, Antoine de Saint-Exupéry est recruté par Didier Daurat à Toulouse Montaudran. Ce jour là, il fait son entrée à la Compagnie Générale d’Entreprise Aéronautique (C.G.E.A.), dirigée par Pierre-Georges Latécoère, Didier Daurat et Beppo de Massimi. Enfin,il rejoint la famille des pilotes parmi lesquels Jean Mermoz et Henri Guillaumet !

 

Constructeur d’avions, Pierre-Georges Latécoère crée en 1918, une liaison aérienne pour transporter le courrier de Toulouse, où se trouvent ses usines, à Rabat. Beppo de Massimi est directeur général de la société. La ligne est prolongée jusqu’à Dakar en 1925. Pendant l'été 1926, Antoine de Saint-Exupéry qui est à la recherche d'un travail rémunérateur, demande à l'abbé Sudour, son professeur de l’école Bossuet, d’intervenir auprès de son ami Beppo de Massimi. Les deux hommes se sont connus dans les tranchés de la Somme où leurs goûts littéraires les ont rapprochés. Bruno de Massimi rencontre Antoine de Saint-Exupéry à Paris avant de transmettre sa candidature à Didier Daurat au siège à Toulouse.

 

Chef d’exploitation, Didier Daurat, a sous ses ordres une soixantaine de pilotes. Il reçoit Antoine de Saint-Exupéry en octobre 1926. Le candidat ne lui inspire pas confiance. Il a peu d’heures de vol à son actif et en regardant ses mains, Didier Daurat a la sensation qu’elles ne sont pas habituées au cambouis, ce que fait craindre aussi le nom à particule. Il a néanmoins besoin de pilotes : sur les 126 pilotes engagés par la compagnie entre 1923 et 1926, 55 l’ont quitté et 7 sont morts.

 

Antoine de Saint-Exupéry, comme toute jeune recrue, débute à l’atelier. Didier Daurat est agréablement surpris par l’application de sa recrue que le travail de mécanicien ne rebute pas. Après quelques semaines, ayant réussi les tests de pilotage, il effectue de courts trajets. Engagé en 1925, Henri Guillaumet est chargé de le préparer. Il donne à Saint-Exupéry toutes les explications nécessaires et le prend dans son Breguet 14 pour repérer le trajet, la navigation aérienne se faisant à vue. En décembre 1926, il effectue ses premiers courriers sur la ligne Toulouse-Casablanca, puis jusqu’à Dakar.

La Compagnie Aérienne Française (1924)

Sur recommandation d’un ami de la famille, le général Barès, Antoine de Saint-Exupéry est engagé par la Compagnie aérienne française (C.A.F.) en 1924. La compagnie propose des baptêmes de l’air ou des tours d’une demi-heure au-dessus de Paris. Il vole peu et il est mal payé.

 

Libéré de son service militaire en juin 1923, il a promis à sa fiancée Louise de Vilmorin, de renoncer à une carrière d’aviateur, après son accident au Bourget. Il trouve un emploi de contrôleur de fabrication aux Tuileries de Boiron, rue du Faubourg Saint-Honoré à Paris. Ce travail de bureau ne lui convient pas et il le quitte au bout d’un an. En mars 1924, il est engagé comme représentant des camions Saurer pour la Creuse, le Cher et l’Allier.

 

Lorsque Louise de Vilmorin rompt leurs fiançailles, il revient à l’aviation. Le dimanche, il vole à Orly. Il envisage de partir en Chine où les autorités cherchent des instructeurs de vol. Il est recruter comme moniteur à la C.A.F. et effectue des vols d’agrément au Bourget et à Villacoublay. Il en profite pour baptiser ses amis, tel Henry de Ségogne

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